Se vende
Cette série photographique s’inscrit autour de la rencontre improbable du Land Art et du Ready Made. La réforme agraire en Italie dans les années 50 a abouti à une vaste redistribution des terres. Dans le Salento, province agraire des Pouilles, une multitude d’unités d’habitations ont été construites à cette période pour loger les paysans sur leurs nouvelles propriétés. Ces unités sont issues de l’architecture rationaliste de l’après guerre. On trouve plusieurs typologies d’habitations en fonction de la taille des exploitations. Quelques années à peine après cette vaste réforme, une grande partie de ces exploitations furent abandonnées : les parcelles n’étaient plus de taille suffisante pour faire vivre les familles, qui pour beaucoup trouvèrent du travail dans les aciérie de la ville voisine de Taranto. Depuis des années, la plupart de ces constructions sont à vendre. En perdant leur fonction – l’habitat – ces constructions minimales, érodées par le temps, envahies par la végétation ont acquis une dimension sculpturale. La géométrie et la froide élégance de ces unités ne sont pas sans rappeler l’art minimal qui apparaît dans une décennie plus tard aux Etats-Unis. On peut voir ces unités comme des oeuvres de Land Art, formes de Ready Made sans auteur répertorié, simplement issues des transformations économiques et sociales. Elles sont à l’opposé d’une vision romantique de la ruine qui opère à travers la confrontation de la sphère humaine à une nature dite sauvage. Bien au contraire, ce bâti abandonné sur des terres agricoles, souvent encore en exploitation, semble préfigurer la dissolution de la frontière qui sépare l’homme de la nature. En prenant le statut d’œuvre d’art, ces unités témoignent d’une certaine redéfinition de notre rapport au monde à l’ère de l’Anthropocène. A travers cette série, nous poursuivons l’exploration du dialogue entre sculpture et photographie.
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